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serard@dev00:~/cv

Faire « mouliner » la technologie de Qwant sur les résultats de Bing : origine Bing à 100 % fin 2016, cache de sept jours et question contractuelle

Conclusion probatoire

L'article du Point attribue à Éric Léandri une explication du recours de Qwant aux résultats de Bing par la nécessité de faire fonctionner une technologie de recherche sur un inventaire déjà disponible. L'historique Git de search_web.php précise désormais ce que cette formule recouvrait en 2016 : Bing sélectionnait et ordonnait les réponses en amont, puis Qwant convertissait ces réponses dans son format, appliquait quelques filtres et, dans certaines branches seulement, un reclassement rudimentaire.

Pour le chemin Web documenté, il est donc inexact de représenter la « moulinette » comme une fusion générale de plusieurs moteurs ou comme une technologie produisant ses propres candidats. Le code étudié ne montre ni déduplication générale ni fusion avec un index Web Qwant. Il montre principalement un adaptateur de résultats Bing : correspondance des champs, filtrage limité, ajout d'un favicon et d'un identifiant, surlignage, positionnement, enregistrement et restitution JSON.

L'article, isolément, ne décrit ni le code ni les opérations exactes. Le rapprochement avec l'historique Git apporte en revanche deux constats précis : dans les versions master étiquetées des 2, 9 et 22 décembre 2016, 100 % des résultats organiques Web non vides servis par le chemin analysé provenaient de Bing, directement ou depuis un cache de sept jours précédemment alimenté par Bing ; ce cache stockait puis resservait ces résultats. Cette preuve porte sur ce chemin et ces versions, sous réserve de leur déploiement et de leur périmètre opérationnel. Elle ne prouve pas, à elle seule, une fraude ou la violation du contrat négocié applicable à Qwant.

Le sous-titre du Point présente en outre Qwant comme un moteur « qui respecte la vie privée ». Cette formule paraît en juin 2021, huit mois après que Qwant a corrigé sa politique de confidentialité pour reconnaître que les données transmises à Microsoft étaient pseudonymes, et non anonymes. Elle documente la persistance, dans la presse, du positionnement favorable construit par la communication de Qwant. Une relecture de l'entretien ou de ses citations par Qwant est compatible avec une opération de communication préparée ; elle ne suffit cependant pas, sans courriel, version annotée ou bon à tirer, à démontrer que Qwant a rédigé ou validé le sous-titre éditorial.

Source de presse 028 — Le Point, « Qwant pioche dans la Silicon Valley pour affronter Google »

Référence : Guillaume Grallet, 25 juin 2021 à 11 h 55. Lire l'article original (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/qwant-pioche-dans-la-silicon-valley-pour-affronter-google-25-06-2021-2432740_47.php (ouvre dans une nouvelle fenêtre)).

Éric Léandri : « Nous avions mis au point une technologie de recherche, mais il fallait la faire mouliner sur des résultats. »

Portée et limite : l'article établit cette déclaration publique attribuée à Éric Léandri et indique que Qwant achetait des inventaires de résultats à Bing. Il ne précise ni leur proportion, ni l'architecture, ni les versions de code ou dates de déploiement, ni les stipulations contractuelles applicables ; il ne démontre donc pas, à lui seul, un usage interdit.

2. Ce que dit l'article du Point

L'article porte principalement sur la nouvelle direction de Qwant et sur la recherche d'une nouvelle trajectoire industrielle. Il présente le recours jugé trop important aux réponses de Bing comme le principal reproche adressé à Qwant. Dans le passage attribué à Éric Léandri, Qwant distingue sa technologie de recherche des résultats nécessaires à son fonctionnement ; le journal indique ensuite que ces inventaires de résultats avaient été achetés à Bing et que ce recours devait diminuer progressivement.

Cette formulation contient trois informations importantes :

  1. Qwant distingue sa « technologie de recherche » de la matière sur laquelle elle travaille ;
  2. cette matière n'est pas décrite comme ayant été entièrement produite par Qwant ;
  3. les inventaires nécessaires au fonctionnement ont été achetés à Bing.

Le terme « inventaire » désigne ici un ensemble de réponses de recherche fournies par un tiers dans le cadre d'une API ou d'un accord de syndication. Il ne signifie pas nécessairement que Qwant recevait une copie complète et permanente de l'index mondial de Bing.

Le sous-titre sur la vie privée prolonge en 2021 le cadrage favorable de Qwant

Le sous-titre de l'article affirme :

« Le moteur de recherche, qui respecte la vie privée, se dote d'une nouvelle direction »

Cette phrase est publiée le 25 juin 2021. À cette date, la présentation publique de l'anonymat par Qwant avait déjà fait l'objet d'une correction majeure :

Date État de la communication et de la politique
Jusqu'au 8 août 2020 au moins Qwant présente encore les données transmises à Microsoft comme « anonymisées »
23 octobre 2020 Qwant annonce publiquement qu'il est « plus juste » de parler de données « pseudonymisées »
Novembre 2020 La politique corrigée emploie « immédiatement pseudonymisée » et « données pseudonymes »
25 juin 2021 Le Point présente néanmoins Qwant, sans réserve, comme un moteur « qui respecte la vie privée »
11 février 2025 La CNIL confirme que les données transmises à Microsoft étaient pseudonymisées et constituaient des données personnelles

La chronologie complète de la communication de Qwant sur l'anonymat montre que la correction d'octobre 2020 n'était pas un simple changement stylistique. Qwant cessait de présenter comme anonymes des données permettant encore l'individualisation et qui demeuraient donc soumises au droit des données personnelles.

La CNIL indique en 2025 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.cnil.fr/fr/qwant-cnil-traitement-des-donnees-personnelles-rappel-obligations-legales (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) :

  • que les données techniques transmises à Microsoft n'étaient pas anonymes mais pseudonymes ;
  • que l'ancienne politique ne mentionnait ni la finalité publicitaire de cette transmission ni sa base légale ;
  • que les informations fournies lors des contrôles étaient donc inexactes et incomplètes au regard des obligations de transparence et d'information ;
  • que Qwant a modifié sa politique à la suite de ses échanges avec l'autorité le 22 octobre 2020.

Le sous-titre du Point de juin 2021 efface cette distinction. Il reprend le bénéfice réputationnel attaché à la « vie privée » sans informer le lecteur que :

  1. Qwant traitait des données personnelles pseudonymisées ;
  2. une partie de ces données était transmise à Microsoft ;
  3. cette transmission servait notamment l'affichage et la comptabilisation de publicités contextuelles ainsi que la fourniture de résultats Bing ;
  4. la politique avait été réécrite huit mois auparavant précisément pour corriger la qualification antérieure.

Cette présentation participe objectivement à la continuité du cadrage médiatique favorable dont Qwant bénéficiait : le slogan général survit dans la presse alors que la qualification technique sur laquelle reposait auparavant la promesse d'anonymat a été corrigée.

Il faut cependant séparer trois niveaux de conclusion :

Proposition Niveau de preuve
Le Point présente encore Qwant en 2021 comme respectant la vie privée Établi directement par le sous-titre
Cette présentation ne mentionne pas la pseudonymisation ni la transmission à Microsoft reconnues depuis 2020 Établi par comparaison documentaire
Cette formule prolonge le positionnement favorable construit par la communication de Qwant Inférence fortement soutenue par la chronologie des communications
Qwant a fourni ou imposé ce sous-titre au Point Non établi
Qwant a menti directement au journaliste en 2021 au sujet de l'anonymat Non établi par cet article seul

La formule « respecte la vie privée » est par ailleurs plus large que la promesse d'un anonymat absolu. La CNIL relève que Qwant avait pris de nombreuses mesures pour réduire le risque de réidentification, utilisait une publicité contextuelle moins intrusive et n'organisait pas de suivi publicitaire dans le temps. Dans sa notice publique de 2025, elle qualifie rétrospectivement l'origine des manquements d'« erreur d'analyse initiale » sans intention de se soustraire au RGPD et dit avoir pris en compte la bonne foi ainsi que la coopération de Qwant « tout au long de la procédure ».

Cette appréciation finale ne décrit pas un alignement continu sur le fond. Le dossier interne de la CNIL établit qu'au 15 novembre 2019 Qwant soutenait encore que l'AUID n'était pas une donnée personnelle et que les positions de Qwant et de la CNIL étaient « plutôt tranchées ». L'inflexion documentée intervient après le changement de présidence du 15 janvier 2020 : Qwant invoque sa « nouvelle gouvernance » le 6 février, puis le nouveau président rattache en octobre la réévaluation intégrale de la politique et la prise en compte des conclusions de la CNIL au profond renouvellement de cette gouvernance. La « coopération » invoquée par la notice ne peut donc pas être transformée en preuve d'une acceptation substantielle en 2019, de la bonne foi de l'ancienne gouvernance ou de l'absence d'intention en 2016.

La critique probatoirement la plus solide n'est donc pas que la protection de la vie privée aurait été totalement inexistante. Elle est la suivante :

En juin 2021, Le Point reproduit sans nuance le positionnement de Qwant comme moteur respectueux de la vie privée, alors que Qwant avait dû reconnaître dès octobre 2020 que les données transmises à Microsoft n'étaient pas anonymes mais pseudonymes. Ce sous-titre ne démontre pas que Qwant l'a dicté, mais il montre que le cadrage favorable construit par sa communication continuait d'être relayé dans la presse française après la correction de sa politique.

Dans l'hypothèse vraisemblable où Qwant a relu les citations de l'entretien, son silence sur ce cadrage peut être interprété comme compatible avec sa stratégie de communication. Il faut néanmoins distinguer cette inférence d'une preuve d'attribution : la relecture des citations, la validation de l'article entier et la rédaction du sous-titre sont trois opérations différentes. Pour affirmer que le sous-titre « vient de Qwant », il faudrait produire une trace éditoriale ou documentaire reliant sa formulation à Qwant ou à son agence.

3. La chaîne technique décrite par le mot « moulinette »

Un moteur Web autonome doit normalement maîtriser plusieurs opérations distinctes :

Étape Fonction Pour les résultats syndiqués de Bing
Exploration Des robots parcourent les pages du Web Réalisée en amont par Bing
Indexation Les pages sont analysées et enregistrées dans une structure interrogeable Réalisée en amont par Bing
Recherche de candidats L'index est interrogé à partir des mots-clés Bing fournit un inventaire de réponses
Premier classement Les documents candidats sont ordonnés selon leur pertinence Un ordre ou des scores proviennent déjà du fournisseur
Post-traitement Les réponses peuvent être adaptées, filtrées ou repondérées Conversion et filtres établis ; reclassement conditionnel dans le code étudié
Présentation La page de résultats est composée et affichée Réalisée dans l'interface Qwant

L'historique Git de www/application/models/search/search_web.php permet de remplacer le schéma hypothétique par le chemin effectivement visible dans le code de 2016 :

Utilisateur
    |
    | requête saisie sur Qwant
    v
Interface et API Qwant
    |
    | appel à Bing Azure ou Bing V5
    v
Réponse déjà sélectionnée et ordonnée par Bing
    |
    | name/title, url, displayUrl, snippet/description
    v
Adaptateur search_web de Qwant
    |
    | conversion des champs, filtres limités,
    | favicon, identifiant MD5, surlignage
    |
    +--> requêtes avec Bing Ads ou partenaires :
    |       ordre Bing conservé
    |
    +--> autres requêtes :
            reclassement simple selon des scores de domaines
    v
Positions, enregistrement/cache et réponse JSON Qwant

Cette chaîne correspond à ce que l'Autorité de la concurrence décrit aujourd'hui comme la syndication de résultats de recherche : un opérateur acquiert des résultats organiques ou payants et les intègre dans sa propre interface. Le communiqué de l'Autorité du 27 novembre 2025 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/communiques-de-presse/secteurs-de-la-syndication-de-resultats-de-recherche-et-de-la-publicite-en (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) indique que Qwant a, pour partie, recours depuis 2016 à la technologie de Microsoft déployée à travers Bing.

3.1 Ce que montre précisément l'historique de search_web.php

Date Commit Effet observable dans le chemin Web
6 octobre 2015 d7da7891 Appel à Bing et conversion directe de Title, Url, DisplayUrl et Description en champs Qwant ; ajout du favicon, d'un identifiant MD5 et des positions
16 mars 2016 c10af194 Bing devient le fournisseur par défaut, Yahoo BOSS ne servant plus que de repli en cas d'erreur
30 mars 2016 ac6a6f04 La durée déclarée du cache Web passe de trois à sept jours
9–29 juin 2016 2e6e9af2, 62b2fbd0, ea4ef3ed Un chemin vers l'endpoint nommé WebBrain est développé dans la chaîne de travail, puis la liste des locales qui l'utilisent est vidée avant le premier tag master contrôlé après le merge
21 juin 2016 0064e586, 6048d411 L'agrégateur WebBrain est d'abord ajouté, puis son résultat remplace la liste lorsqu'elle est insuffisante au lieu d'être fusionné avec elle
8 juillet 2016 7354507, 0754dad fr et de sont ajoutées sur develop à 9 h 29 puis commentées à 12 h 44 ; les deux états sont intégrés ensemble avant le tag suivant, de sorte qu'aucun tag master contrôlé ne contient l'état actif
8 juillet 2016 7efe5d43 Ajout de rankBingResult : scores fixes par position et bonus de domaines pour déplacer certains résultats
11 juillet 2016 31402766 Lorsque BING_ADS_REQUESTED est actif, les résultats convertis sont renvoyés sans passer par rankBingResult
25–28 juillet 2016 e47afd6, 008ecec, f52b145 Répartition entre Bing Azure et Bing V5 : il s'agit de deux interfaces Bing, pas d'une alternance entre Bing et un index Qwant
25 octobre 2016 53f00ab Les recherches partenaires contournent elles aussi le reclassement Qwant

Le code PHP révèle un endpoint interne nommé web_brain_endpoint, mais son nom n'identifie pas le programme exécuté derrière l'adresse. Stéphane Erard témoigne directement que cet endpoint aboutissait en réalité à Mozart, logiciel de classement des actualités modifié comme relais Bing, dont Thomas Massière lui aurait montré le code ; il déclare aussi avoir travaillé à son intégration et à son conditionnement. Une capture Jenkins du projet DATA-MOZART-TAG-PACKAGER corrobore l'existence ancienne du dépôt et du paquet Mozart. Elle ne prouve toutefois ni le mapping de l'endpoint, ni le code backend, ni le relais Bing, ni le déploiement. Le dépôt ou JAR Mozart, l'export du job Jenkins et les configurations de service restent à obtenir.

Le reclassement introduit par 7efe5d43 ne constitue pas un algorithme général de recherche de candidats. Un tableau fixe attribue notamment les scores 10000 et 5000 aux deux premières positions Bing, ce qui les verrouille pratiquement. Les positions suivantes peuvent être déplacées selon une liste de scores de domaines. Ce traitement intervient après que Bing a choisi et ordonné les documents.

Le fichier montre également des filtres contre le spam, le droit à l'oubli et, pour Qwant Junior, des domaines adultes. Il ne montre pas de déduplication générale des résultats ni de fusion de la branche Bing avec un index Web Qwant. search_web.php fixe la durée du cache Web à sept jours et enregistre les résultats ; la couche search_service.php contrôlée consulte ce cache en amont et restitue directement une entrée trouvée. Le mécanisme de lecture et de réutilisation n'est donc plus seulement supposé.

4. Infographie de synthèse

Comment Qwant faisait « mouliner » les retours de Bing

Schéma corrigé à partir de l'historique Git de search_web.php. Il représente les opérations observées dans le chemin Web de 2016 et distingue le reclassement conditionnel du simple reconditionnement des réponses Bing.

La source SVG modifiable de l'infographie est également conservée dans le dossier.

5. Ce que faisait réellement la « moulinette » dans search_web.php

L'article du Point ne donne aucune liste d'opérations. Le code historique permet toutefois d'établir un périmètre beaucoup plus étroit que celui d'une moulinette générique.

Opération État de preuve dans search_web.php
Interroger Bing Azure ou Bing V5 Établi
Convertir les champs Bing au format de réponse Qwant Établi
Ajouter favicon, identifiant MD5, date, surlignage et positions Établi
Filtrer spam, droit à l'oubli et liste adulte de Qwant Junior Établi
Reclasser selon des scores fixes et une liste de domaines Établi, mais conditionnel
Conserver l'ordre Bing pour les requêtes avec Bing Ads ou partenaires Établi
Dédupliquer généralement les résultats Non observé
Fusionner Bing avec un index Web Qwant dans le chemin étudié Non observé
Produire ses propres candidats depuis un index Qwant Non observé
Enrichir le Web avec les verticales actualités ou réseaux sociaux Non établi par ce fichier

La différence visuelle entre une page Bing et une page Qwant pouvait donc provenir du formatage, des suppressions et du reclassement limité. Elle ne démontre pas que les documents de départ provenaient de deux index autonomes.

La qualification technique la plus exacte est celle d'une surcouche d'adaptation, de filtrage et de présentation, avec un reclassement rudimentaire dans certaines branches. Cette couche est réelle, mais elle intervient après le travail fondamental de découverte, d'indexation et de sélection accompli par Bing.

6. « Mouliner » des résultats ne signifie pas les avoir créés

La distinction centrale porte sur l'origine de la matière traitée.

Si Bing a :

  1. découvert la page ;
  2. téléchargé et analysé son contenu ;
  3. ajouté ce contenu à son index ;
  4. sélectionné la page comme candidate pour une requête ;
  5. transmis cette candidate à Qwant ;

alors Qwant peut encore modifier la sélection, le rang ou la présentation, mais ne peut pas être considéré comme ayant produit seul tout le résultat en amont.

La formulation la plus rigoureuse est donc :

Pour les réponses issues de la syndication Bing, Qwant reconditionnait des résultats dont la découverte, l'indexation, la sélection initiale et le premier ordre dépendaient de Microsoft. Le code étudié montre des filtres et, selon la branche, un reclassement simple ; il ne montre pas la production de candidats Web par un index Qwant ni une fusion générale de plusieurs moteurs.

Cette analyse rejoint les distinctions établies dans les chapitres :

7.1 Le partenariat Microsoft-Qwant de 2019

Le communiqué commun de Microsoft et Qwant du 17 mai 2019 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://news.microsoft.com/fr-fr/2019/05/17/microsoft-qwant/ (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) annonce que Microsoft met à disposition de Qwant :

  • des capacités de calcul Azure ;
  • les services Microsoft Advertising ;
  • les recherches algorithmiques de Bing.

Le même communiqué affirme que Qwant reste maître de sa technologie, de son algorithme et de son index. Ces deux propositions ne sont pas logiquement incompatibles : un opérateur peut posséder un index et des algorithmes tout en utilisant massivement un fournisseur extérieur. La véritable question est la proportion de chaque source dans les réponses effectivement servies.

7.2 La mesure rapportée pour septembre 2019

L'article de Next « En septembre 2019, les résultats de Qwant Search reposaient à 64 % sur Bing » (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://next.ink/brief_article/en-septembre-2019-les-resultats-de-qwant-search-reposaient-a-64-sur-bing/ (ouvre dans une nouvelle fenêtre)), publié le 13 janvier 2020, rapporte qu'un contrôle effectué le 25 septembre 2019 attribuait :

  • 36 % des requêtes à l'index Qwant ;
  • 64 % des résultats à Microsoft.

Cette mesure concerne Qwant Search dans les conditions et le périmètre de l'audit. Elle ne doit pas être transformée en taux universel applicable à toutes les verticales, à toutes les dates ou à tous les utilisateurs.

7.3 Le chemin de production documenté en 2016

L'analyse du coût de Bing et Bing Ads rappelle que, dans les versions documentées de 2016 :

  • la liste webBrainLocales est vidée ;
  • l'état fr/de du 8 juillet n'existe que sur develop avant d'être commenté ; les deux commits sont intégrés ensemble et aucun tag master contrôlé ne porte WebBrain actif ;
  • le cache Web est fixé à sept jours et ne reçoit, pour ce chemin, que des résultats provenant de Bing ;
  • aucun crawler ni index Qwant n'apparaît dans le chemin de réponse Web établi par ces pièces ;
  • le classement Qwant visible à partir du 8 juillet est un reclassement aval de candidats Bing, fondé sur des scores de position et de domaines ;
  • ce reclassement est lui-même contourné lorsque les publicités Bing sont demandées, puis pour les recherches partenaires ;
  • l'expérimentation entre Bing Azure et Bing V5 ne change pas la provenance des candidats : les deux branches restent des services Bing.

La conclusion est directe pour les versions contrôlées : Git ne démontre aucune activation de WebBrain en production et aucun tag master examiné ne porte le routage actif. Dans les trois tags de décembre, chaque résultat organique Web non vide servi par ce chemin a une origine Bing. Sur un défaut de cache, Bing répond directement ; sur un succès de cache, Qwant ressert un résultat antérieurement fourni par Bing. Le cache peut diminuer les appels réseau et les transactions facturées, mais il ne diminue pas la proportion de résultats d'origine Bing.

Il serait en revanche inexact d'étendre cette formule à toute l'année civile 2016 : Yahoo BOSS subsistait en repli jusqu'au 24 mars. Les branches de travail de juin et juillet montrent un code d'appel possible à l'endpoint WebBrain, pas un usage en production. La preuve à 100 % vaut sans ambiguïté dans le code des tags de décembre, sous réserve de leur déploiement et de leur périmètre.

Cette observation est plus précise que l'affirmation générale selon laquelle Qwant n'aurait jamais possédé de technologie. Elle porte sur un chemin de production, une période et un corpus de code déterminés. Ce qui reste à corroborer est le déploiement de ces tags, le périmètre effectivement servi par ce chemin et l'existence éventuelle d'autres verticales ; l'origine des résultats dans le code contrôlé ne dépend pas de cette réserve.

8. L'usage des résultats Bing était-il « interdit » ?

Qualifier cet usage d'« interdit » exige d'identifier :

  1. les conditions contractuelles effectivement applicables à Qwant ;
  2. la période couverte par ces conditions ;
  3. l'opération technique précise qui aurait été interdite ;
  4. les éléments établissant que Qwant a effectivement réalisé cette opération.

Les conditions de la Bing Search API datées du 12 juin 2015 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.carahsoft.com/buy/gsa-schedule-contracts/approved-csas/docFileDownload/286450/7184/21444653/0#page=15 (ouvre dans une nouvelle fenêtre)), reproduites dans une archive contractuelle, interdisaient en principe de copier, stocker ou mettre en cache les résultats Bing, sauf copie intermédiaire limitée et temporaire nécessaire à leur affichage.

Cette restriction permet de conclure qu'un client de l'offre publique concernée ne pouvait pas normalement conserver durablement les résultats afin de constituer son propre index ou de répondre ultérieurement à d'autres utilisateurs.

Le comportement du code n'est plus indéterminé sur ce point :

  • search_service.php consulte un cache partagé avant l'appel au fournisseur ;
  • les résultats Web ont une durée de cache déclarée de sept jours ;
  • une entrée trouvée est resservie sans nouvelle interrogation de Bing ;
  • dans les versions de décembre contrôlées, le cache ne pouvait être alimenté sur ce chemin que par Bing.

Il existe donc bien une copie temporaire de sept jours et une réutilisation de résultats Bing pour répondre à des requêtes ultérieures. Ce n'est pas une copie complète et permanente de l'index mondial de Bing, mais ce n'est pas non plus la seule copie transitoire nécessaire à l'affichage immédiat d'une réponse.

Ce fonctionnement paraît difficilement conciliable avec l'exception étroite des conditions publiques de 2015 si celles-ci étaient applicables à Qwant. Il ne permet cependant pas, à lui seul, de conclure à une violation du contrat réellement applicable :

  • la relation Qwant-Microsoft a ensuite pris la forme d'un contrat de syndication négocié ;
  • les droits et restrictions d'un contrat négocié peuvent différer des conditions catalogue d'une API publique ;
  • le contrat Microsoft–Qwant applicable en 2016 n'est pas disponible ;
  • aucune décision judiciaire ou contractuelle constatant une violation n'est produite.

La décision 25-D-08 de l'Autorité de la concurrence du 27 novembre 2025 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/integral_texts/2025-12/25d08_0.pdf (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) confirme d'ailleurs l'existence d'un accord de syndication particulier entre Qwant et Microsoft sans indiquer depuis quand. Elle indique notamment que Qwant était contractuellement autorisé à développer sa propre technologie de recherche. Cela ne tranche pas rétroactivement tous les usages antérieurs, mais interdit d'assimiler automatiquement le contrat de Qwant aux seules conditions publiques de l'API, selon les périodes et contrats Microsoft.

La formulation probatoire correcte est par conséquent :

Les conditions publiques historiques interdisaient en principe de copier, stocker ou mettre en cache les résultats Bing hors exception temporaire nécessaire à leur affichage. Le code contrôlé établit un cache partagé de sept jours qui resservait des résultats Bing à des requêtes ultérieures ; ce fonctionnement paraît incompatible avec l'exception publique étroite. La violation contractuelle de Qwant reste néanmoins à démontrer, car le contrat négocié applicable en 2016 n'est pas produit.

9. Conclusion générale

Le mot « moulinette » ne doit pas être compris comme le nom d'un moteur Web autonome ni comme une fusion générale de sources. Dans le chemin étudié, il décrit une architecture beaucoup plus mince :

  1. Bing produit la matière amont : index, candidats et premier ordre de pertinence ;
  2. Qwant applique une couche aval : conversion de format, filtres, métadonnées et présentation ;
  3. dans certaines branches seulement, Qwant reclasse une partie des candidats selon des scores fixes et une liste de domaines ;
  4. avec Bing Ads ou les recherches partenaires, le code renvoie au contraire les résultats convertis sans ce reclassement.

Cette architecture est celle d'un service reposant, pour le chemin documenté, sur la syndication d'un fournisseur tiers. La surcouche Qwant est réelle et peut produire une page différente de Bing, mais le terme « technologie de recherche » donne une image excessive s'il laisse croire qu'elle découvrait, indexait ou sélectionnait elle-même les documents Web reçus de Bing.

L'article du Point est donc utile pour documenter une déclaration publique, attribuée à Éric Léandri, sur le recours aux inventaires Bing. L'historique Git corrige l'interprétation trop large de la « moulinette » : pour le Web étudié, il s'agit essentiellement d'un adaptateur Bing assorti de filtres, d'un reclassement conditionnel et d'un cache de sept jours. Dans les trois tags de décembre contrôlés, 100 % des résultats organiques Web non vides servis par ce chemin étaient d'origine Bing. Les audits et les contrats restent nécessaires pour déterminer :

  • le déploiement et le périmètre opérationnel exacts de ces versions ;
  • l'existence éventuelle d'autres chemins ou verticales autonomes ;
  • les transformations et le taux de succès du cache réellement observés en production ;
  • les conditions contractuelles applicables ;
  • la conformité ou non de chaque usage à ces conditions.

Elle documente également la persistance, en 2021, du récit médiatique d'un moteur respectueux de la vie privée, alors que la politique de Qwant avait été corrigée en 2020 pour reconnaître la pseudonymisation et la transmission de données personnelles à Microsoft. Cette contradiction de présentation est établie. Une relecture par Qwant est plausible dans le cadre de l'entretien et rend ce maintien compatible avec sa stratégie de communication ; l'attribution précise du sous-titre à Qwant ne peut cependant être tenue pour établie sans trace de rédaction ou de validation.

En l'état, l'origine Bing de tous les résultats organiques Web non vides sur le chemin et les tags contrôlés, ainsi que le cache de sept jours, sont étayés. L'incompatibilité avec les conditions publiques de 2015 est sérieuse sous réserve de leur applicabilité ; la violation du contrat négocié et l'affirmation d'un mensonge directement adressé au Point ne sont pas encore établies.

Sources externes

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